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Le Barrage des 3 Gorges
En octobre 2006, les fondateurs d'EnRgériC se sont rendus en Chine afin de visiter le Barrage des Trois Gorges.
Ils vous livrent leurs impressions sur ce monument en énergie renouvelable !



Les cartographes chinois vont devoir mettre à jour leurs atlas. La chine compte désormais une mer intérieure. Le barrage des Trois Gorges, en province de Hubei , dans le centre de la Chine commence sa mise en eau. En augmentant le niveau d eau de 70 m en moyenne, une étendue d’eau de 600 km sur 3 a 5 Km de large sera créée!
 
A Sandouping, aux abords du barrage un relais incessant de camions, charriant pendant 10 ans, jour et nuit des blocs 100 tonnes, a eu raison de la montagne.

Les chiffres donnent le vertige. Une digue de 2,309 m de large, 26 turbines de 700 MW chacune, pour un diamètre unitaire de 10m et un poids de 450 Tonnes, le projet des Trois Gorges bat, et de loin, tous les records mondiaux. Au total, le complexe produira 18 GW, soit presque autant que toute la production hydraulique en France. Et ce chiffre est encore plus parlant lorsque l’on considère que cette puissance correspondra a terme à … 1 % de la consommation énergétique du pays ! La mise en exploitation définitive est prévue pour 2009.


Photo : Le complexe alimentera, dans un rayon de 1000 km, une partie des agglomérations de Canton, Pékin et Shanghai. Afin d’ accompagner sa croissance, la Chine a un besoin crucial d’énergie.



Photo : Pylone en attente de ses câbles électriques. Le prix du Cuivre a été multiplié par cinq en dix ans


Hans Grolimund, responsable du projet chez Alstom pour la mise en service des turbines et générateurs, a du mal à dissimuler sa fierté face à un tel projet. « Nous avions déjà une expérience des grandes turbines sur le site de Itaipu, au Brésil, explique-t-il. Mais ce barrage reste unique par son ampleur. »


Photo :Hans Grolimund, responsable du projet chez Alstom, devant une des turbines de 10 m de diamètre.


Alstom fournit les turbines et générateurs pour cet immense ouvrage, qui s’est décomposé en 2 phases.

Lors de la première phase, qui a démarré en 1997, Alstom a fourni la majorité des machines tout en transférant sa technologie. « Nous ne devions plus fournir d’équipements pour la 2eme phase, se souvient Maryse François, responsable R& D pour Alstom Power Hydro à Grenoble. Or, entre-temps, nous avons amélioré notre « process », et nous avons montré aux Chinois que nous pourrions leur fournir des machines, moins rapides, et donc plus stable. Nous avons alors été retenus sur 4 des 12 machines de la 2nde phase. »

« Et ce n’est fini, insiste Maurice CASALI, turbinier expatrié. Malgré les 1000 m3/s exploités par chacune des 26 machines, il reste du débit inutilisé !Une troisième phase un peu plus ambitieuse techniquement, visera donc à installer des turbines dans la roche. » L’excavation est en cours sur la rive droite du fleuve.



Un monument touristique


Le ministère du tourisme chinois vient de classer le site AAAAA, au même titre que la grande Muraille ou la cité Interdite. Et celui-ci a déjà tout d’un grand monument, avec ses centaines de cars, ses prix d’entrées prohibitifs, son passage obligé par le magasin de souvenirs. Un parc d’attractions est en cours de construction. Des parc naturels et des temples sont également été revalorisés, dans les gorges aux alentours.

Sa visite est au programme des écoles chinoises. Il faut dire qu une véritable fierté nationale est en train de se construire autour du « Projet des Trois Gorges. »



Photo : Touristes chinois sur le site

Pas étonnant, dans ces conditions, que le projet apparaisse comme un modèle.

A Sandouping, le retard de chantier n’a pas cours, la qualité des matériaux est irréprochable, les normes de sécurité son respectées… Une exception pour qui connaît le secteur du bâtiment en Chine. La Chine est bien consciente qu’un tel projet suscite des polémiques, qu’il est étudié a la loupe par le monde entier. Sous des dehors touristiques, l’emplacement a tout d’un site sensible. Il est d’ailleurs protégé comme une enceinte militaire, avec ses chicanes et ses soldats aux entrées du site. Une zone de confinement de 10 km sur 40 km est prévue en cas d’épidémie de grippe aviaire ou d’événement grave.



Photo : Chantier de la rive droite, 2nde phase du Projet.


Dans le cadre de ce projet hautement stratégique, les sujets de polémique sont nombreux.

Humain, tout d’abord. Quelque 1,3 million de personnes seront déplacées de leurs campagnes, puis relogées dans des villes nouvelles. Un chiffre à mettre en rapport avec les dégâts causés par le fleuve au cours de l’histoire. Le but de ce barrage est aussi de domestiquer l‘indomptable Yangtze. Prenant sa source au Tibet, et long de plus de 6000 km, il connaît des fluctuations importantes. Hergé a mené son héros sur les lieux des ces inondations terribles, qui, en 1931, faisant 145000 victimes.

Avec 100 millions de personnes vivant sur les bords du Yantze, et des villes grossissant à vue d’œil, on ne peut se permettre de prendre des risques.

Les risques ont aussi écologiques. Le «Fleuve Bleu » prend en fait la couleur du sable qu’il draine dans des quantités impressionnantes : jusqu'à 70 Kg / m3 en période de crues. Dés lors, les problèmes de sédimentation ont fait l’objet d une étude spécifique. Les alluvions et sédiments seront évacués régulièrement lors d’opérations lors d’opérations de nettoyage.

Au niveau du transport maritime, les bateaux et cargos pourront désormais naviguer de Shanghai à Chongqoing et permettront d’accéder aux régions du centre et du Nord-Ouest, encore peu développées en Chine. Il est stratégique pour la chine de limiter le déséquilibre entre les zones urbaines côtières et le centre rural.


L’hydraulique reste une des énergies les plus propres, même si elle ne peut couvrir à elle seule l’ensemble des besoins énergétiques d’un pays industrialisé. Il n’empêche, la Chine a voulu montrer au monde qu’elle construit le barrage le plus grand du monde. Techniquement, il était tout à fait possible de produire autant d’électricité en construisant trois ou quatre barrages de taille plus modeste, au lieu d‘un seul ouvrage gigantesque. Le gouvernement chinois a opté pour la voie du record.

 Gérard CORTES
 
Crédt photos : G Cortes (c) 2006